Economie, marchés financiers : les faits marquants de 2018

Tristan Perrier est Stratégiste chez Amundi, société de gestion de LCL. Nous lui avons demandé de retracer les faits marquants de l’année 2018 sur l’économie et les marchés financiers. Eric Mijot, Responsable de la Stratégie Actions et Responsable adjoint de la Stratégie, nous donne son point de vue sur les marchés.

Tristan Perrier 400 x 400
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LCL : Globalement, que retenez-vous de l’année 2018 ?

 

Tristan Perrier « Sur le plan macroéconomique, les chiffres ont surpris à la hausse aux Etats-Unis, alors que dans le reste du monde il y a plutôt eu des déceptions. L’année a également été marquée par les hausses de taux directeurs de la Réserve fédérale américaine et par la fin du programme d’achats d’actifs de la BCE. Sur le plan politique, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine ont beaucoup retenu l’attention, de même que la situation en Italie et le dossier du Brexit  ».

 

LCL : Plus précisément, aux Etats-Unis, que s’est-il passé en 2018 ?

 

Tristan Perrier : « Fin 2017 et début 2018, les Républicains, aux commandes des deux chambres du Congrès, ont pu mettre en œuvre des mesures de relance (surtout des baisses d’impôts) qui ont donné un coup de fouet à l’économie à partir du 2ème trimestre. Les bons chiffres économiques ont permis à la Réserve fédérale de relever ses taux directeurs une fois chaque trimestre. De plus, les Etats-Unis ont instauré une série de mesures protectionnistes, surtout à l’encontre de la Chine mais aussi d’autres partenaires commerciaux, même si les principales menaces contre l’Europe ne sont pas devenues réalité. La situation a cependant évolué en fin d’année : les Républicains ont perdu le contrôle de la Chambre des Représentants suite aux élections « mid-term » de novembre, une trêve a été conclue avec la Chine et l’économie a donné de modestes signes de décélération ».

  

LCL : Concernant l’Europe, quel bilan pour 2018 ?

  

Tristan Perrier : « Les chiffres macroéconomiques ont été très décevants. Plusieurs facteurs y ont contribué, dont le niveau élevé de l’euro en début d’année, la hausse du cours du pétrole jusqu’au 3ème trimestre, des chocs sectoriels temporaires (notamment dans l’industrie automobile allemande), le ralentissement chinois et l’incertitude politique en Europe même. Cela n’a pas empêché la BCE d’arrêter ses achats d’actifs en décembre mais, en fin d’année, sa capacité à relever ses taux directeurs en 2019 paraissait très incertaine. Du point de vue politique, si le Brexit et les tensions entre le gouvernement Italien et les autorités européennes au sujet des règles budgétaires ont été les principaux sujets de préoccupation, notons qu’il y a également eu des surprises en Allemagne (où la constitution d’une coalition gouvernementale a pris beaucoup plus de temps que prévu en début d’année) et en France (où, après une longue période de calme, il y a eu d’importantes tensions sociales en fin d’année) ».

  

LCL : Concernant les pays émergents, quels sont les faits marquants en 2018 ?

 

Tristan Perrier : « Les chiffres de croissance ont été bons en début d’année, mais la situation s’est ensuite dégradée. Le durcissement de la politique monétaire américaine a entraîné une hausse du dollar et des retraits de capitaux des économies émergentes, contraignant plusieurs banques centrales à mettre fin à leurs cycles de baisses des taux directeurs, voire à les relever. De plus, l’économie chinoise a ralenti (en partie sous l’effet du protectionnisme américain) avec des conséquences négatives sur d’autres pays. Enfin, certaines économies (notamment la Turquie et l’Argentine) ont subi des chocs spécifiques. Les fluctuations du pétrole (hausse du cours des trois premiers trimestres puis baisse au 4ème ) ont affecté les pays émergents de façon très diverses ».

  

LCL : Et du côté des marchés, que dire de l’année 2018 ?

 

Eric Mijot : « Le MSCI AC a perdu -11.2% en devises locales et -6.7% en euros. Il s’agit globalement d’une année de forte baisse généralisée sur les marchés d’actions. En devises locales, les Etats-Unis ont baissé de -6.3%, la  zone euro -14.7%, l’Europe de -13.1%, les marchés émergents de -12.3% et le Japon de 16.8%. L’année se divise en 4 périodes. Le mois de janvier a été positif dans la foulée de 2017, puis la baisse l’a emporté jusqu’à fin mars, la hausse des taux longs américains provoquant un premier décrochage, d’autant que fin mars la volonté de la maison blanche de corriger les déséquilibres bilatéraux de balance commerciale ont commencé à peser. S’en est suivi une période de divergence entre les Etats-Unis, soutenus par les effets positifs de sa réforme fiscale et le  reste du monde jusqu’en octobre. Pour la seconde fois de l’année, la hausse des taux longs a provoqué une chute généralisée des marchés d’actions, y compris du marché américain, et notamment des valeurs de technologie les plus en vue. La baisse s’est même accélérée en décembre, fait historiquement très rare… ».

  

PERFORMANCES DES INDICES DES MARCHES ACTIONS EN 2018
CAC 40 -11%
MSCI World AC -9,1%
Euro Stoxx 50 -14,3%
Dow Jones -5,6%
S&P 500 -6,2%
Nikkei -12,1%
MSCI Emerging Markets -12,3%

Source : Datastream – performances calculées hors dividendes, en devises locales, cours de clôture.

 

 

LCL : Que peut-on dire des marchés obligataires en 2018 ?

 

Eric Mijot : « Les marchés de taux ont été marqués par la baisse des taux longs des obligations souveraines. Le taux 10 ans américain a fini l’année à 2.6% après avoir atteint un pic à 3.26% début novembre. Le taux 10 ans allemand est passé fin décembre sous la barre des 0.2%, soit un niveau inférieur à celui observé au début de 2018. De plus, le marché a révisé très largement à la baisse les anticipations de hausse de taux pour la Fed et la BCE. Le marché anticipe même maintenant une baisse des taux américains en 2020. Cet appétit pour les actifs sans risque s’explique par la crainte des investisseurs quant à la solidité de l’économie mondiale dans un environnement où les grandes banques centrales retirent peu à peu leurs mesures de soutien. En effet, les grandes banques centrales normalisent - à des rythmes différents - leur politique monétaire. La Fed a déjà entamé la réduction de la taille de son bilan et la BCE a arrêté son programme de rachat d’actif en décembre.  ».

 

  

TAUX DES EMPRUNTS D’ETAT AU 31/12/18 à 2 ans à 10 ans
Espagne -0,15% 1,42%
Italie -0,52% 2,77%
Allemagne -0,59% 0,25%
France -0,51% 0,71%
Etats-Unis 2,51% 2,69%

 

 

Interview réalisée le 18 janvier 2019

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